Monde

Info : démêler le vrai du faux (#SPME17)

À l’ère d’Internet et des réseaux sociaux, de plus en plus d’informations arrivent sur notre ordinateur ou notre téléphone. Mais elles ne sont pas toujours vraies. Il est important de se poser les bonnes questions pour savoir d’où elles viennent.

Article écrit le 09 mars 2017 à 07h00 par Dossier réalisé par Jérôme Gil. Temps de lecture :
En réponse à ceux qui racontent qu’il n’est que dans un hangar sur Terre, l’astronaute Thomas Pesquet a publié une photo de lui depuis l’espace. (© Thomas Pesquet/ESA)

Lors de la campagne pour l’élection du président des États-Unis, une information un peu étrange a circulé sur Internet et les réseaux sociaux. Elle racontait que des enfants étaient agressés sexuellement dans le sous-sol d’une pizzeria de la ville de Washington. Un trafic y serait organisé par la candidate du parti démocrate, Hillary Clinton en personne. Une information totalement fausse. Mais vue par des milliers de personnes. Un homme y a cru. Il a alors pris sa voiture et roulé pendant 10 heures jusqu’au restaurant où il a fait irruption, muni d’une arme. Il a tiré mais heureusement, il n’y a eu aucun blessé.

Théorie du complot

Cet exemple montre qu’il ne faut pas se fier à toutes les informations qui circulent sur Internet et les réseaux sociaux.Certaines sont fausses. Et il est facile de tomber, en quelques clics, sur de très gros mensonges qui affirment par exemple que « personne n’a marché sur la Lune » ou que « les attentats du 11-Septembre ou de Charlie Hebdo ne sont que des mises en scène ». Ces mensonges sont des théories du complot. Elles donnent une fausse version des faits de façon à accuser un groupe (l’État, les services secrets, les Illuminati) de comploter pour dominer la planète. Faux bien sûr !
Le problème est que des personnes y croient et relayent ces fausses informations sur Internet.

Les bonnes questions

C’est là que tout se passe. Même si les fausses informations ont toujours existé, elles sont plus nombreuses aujourd’hui. Des milliers de sites leur sont consacrés. On y trouve des textes et des vidéos qui transforment la vérité. Pour quoi faire ? Pour rire, pour faire passer ses idées ou pour gagner de l’argent, les raisons sont variées. Il est donc important de ne pas croire tout ce que l’on voit. Et de se poser les bonnes questions lorsqu’on est face à une information qui nous paraît étrange avant de la partager.

Comment reconnaître une fausse info ?

Une fausse information ressemble toujours à une vraie. Quelques réflexes simples permettent toutefois de la reconnaître.

1. Vérifier l’origine
Le premier réflexe est de vérifier d’où vient cette information. Est-ce que c’est un vrai site d’information (ou un vrai journaliste) qui la donne ? Certains sites Internet comme Youtube ou Facebook ne sont pas considérés comme fiables. Tout le monde peut y donner sa version des faits.

2. En parle-t-on ailleurs ?
Il faut ensuite se demander si cette information a un sens. Pour cela, il faut regarder si d’autres sites d’actualité considérés comme sérieux en parlent. Car si une information qui paraît incroyable n’est reprise nulle part, il y a de fortes chances qu’elle soit fausse.

3. Repérer les mots-clés
Ceux qui postent des fausses informations utilisent souvent les mêmes mots (lire « Le dico du complot »). Les repérer permet de savoir si vous êtes en présence d’un article qui défend ces théories.

4. En discuter
Un des meilleurs moyens est encore d’en discuter autour de soi avec ses parents ou ses professeurs.

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Thomas Huchon
Thomas Huchon

Question à …

Thomas Huchon est journaliste pour www.spicee.com et spécialiste des théories du complot.

Depuis quand les fausses informations existent-elles ?

Ce phénomène existe depuis toujours. Au 15e siècle déjà, on expliquait que les épidémies de peste étaient provoquées par les juifs qui mettaient le virus dans les puits d’eau.

On a pourtant l’impression qu’elles sont plus nombreuses aujourd’hui, pourquoi ?

La différence, c’est Internet. Cela a créé une caisse de résonance énorme qui n’existait pas avant. Et ceux qui diffusent de fausses informations savent très bien utiliser cet outil.

Pourquoi est-ce grave de publier des informations fausses ?

Croire en de fausses informations entraîne une impossibilité de discuter avec les gens, de pouvoir échanger. Cela crée des divisions entre les personnes. C’est un vrai problème. Car si on remet en cause nos valeurs communes, c’est la démocratie qui est en danger.

Et certains gagnent très bien leur vie grâce à ça…

Oui, il ne faut pas l’oublier. L’Américain Alex Jones, le plus célèbre des théoriciens du complot, gagne 100 millions de dollars chaque année grâce à son site. C’est plus que la plupart des journaux.

Existe-il une « police » pour surveiller tout cela ?

Non, et je dirai que c’est tant mieux. Je ne suis pas pour censurer [interdire] ces contenus, chacun est libre de s’exprimer. Par contre, il ne faut pas mettre sur un pied d’égalité les informations sérieuses, qui ont été vérifiées, et les mensonges qui ne reposent sur rien. Or aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, c’est ce qui se passe.

Est-ce que vous vous êtes déjà fait avoir par une fausse information ?

Oui. Et je pense que tout le monde s’est déjà fait avoir au moins une fois. C’est pour cela qu’il faut être vigilant et ne pas se moquer. À partir du moment où on s’est fait avoir une fois, il faut prendre le temps de vérifier les choses. Cela s’apprend.

Propos recueillis par Jérôme Gil

Qui publie ?

Il existe trois catégories de personnes qui fabriquent et diffusent de fausses informations sur Internet.

• POUR RIRE - Il y a ceux qui le font pour rire, pour se moquer. C’est le cas du « Gorafi » en France ou de « Nordpresse » en Belgique. Ces sites parodient [se moquent] de ceux qui croient aux fausses informations. Ils en publient eux-mêmes sous forme de blagues. Pourtant parfois, certains y croient. Dernièrement, de vrais journaux ont repris une fausse information sur Marine Le Pen.

• POUR FAIRE PASSER DES IDÉES POLITIQUES - Les fausses informations sont destinées à faire passer des idées, souvent extrêmes. La réalité est alors déformée de telle façon qu’elle aille dans leur sens. Plusieurs fausses informations ont ainsi circulé pendant la campagne présidentielle américaine.

POUR FAIRE CROIRE À UN COMPLOT - Les auteurs de ces infos offrent une vision qui remet en cause la réalité telle qu’elle est acceptée, afin de faire croire qu’on nous cache la vérité. Le but est que ces idées fausses soient partagées le plus possible sur Internet et les réseaux sociaux.

• POUR L’ARGENT - Enfin, il ne faut pas oublier que ces professionnels de la fausse information gagnent leur vie grâce à cette activité. Et parfois très bien.

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Les bons outils

Il existe des outils efficaces pour repérer les fausses informations. Le journal Le Monde a ainsi lancé l’application « Décodex ». Une fois téléchargée, un petit logo apparaît dans le moteur de recherche. S’il est vert, le site est fiable. Mais s’il vire au orange ou au rouge, méfiez-vous !
De son côté, le journal Spicee mène la chasse aux conspirationnistes. Sa rubrique « Conspi Hunter » démonte un à un les mensonges les plus gros.

Les plus gros mensonges

Les complotistes défendent une théorie selon laquelle on nous cacherait la vérité . C’est ce qu’on appelle la théorie du complot. Voici les mensonges les plus courants :

1. L’homme n’a jamais marché sur la Lune.

2. Le président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy, a été assassiné par les services secrets américains en 1963.

3. Les traînées blanches que l’on voit dans le ciel à l’arrière des avions (« Chemtrails » en anglais) sont des produits chimiques.

4. Le gouvernement américain est responsable des attentats du 11-Septembre 2001.

5. Les attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre à Paris sont des mises en scène.

Les attentats du 11-Septembre, l’un des sujets préférés des complotistes.
Les attentats du 11-Septembre, l’un des sujets préférés des complotistes.

Le dico du complot

Les récits qui défendent les théories du complot (lire « Définitions ») utilisent souvent les mêmes mots :

« Faux drapeaux » (« Fals flag » en anglais) : selon les conspirationnistes, les attentats sont commis par les services secrets des États qui veulent tromper la population.

« Selon la version officielle » : terme utilisé pour sous-entendre que « la version officielle » n’est qu’un mensonge destiné à cacher la réalité.

« Zone d’ombre » : pour les conspirationnistes, lorsqu’il y a quelque chose que l’on ignore (une zone d’ombre), c’est la preuve qu’il s’agit d’un complot.

« Traînées chimiques » (« Chemtrails » en anglais) : les traînées blanches derrière les avions sont dues à des produits chimiques qui nous font croire tout ce que l’on nous dit.

Définitions

 Information : nouvelle donnée par la presse et vérifiée par des journalistes. Une information repose sur des faits réels.

Fausse information (fake news en anglais) : information qui n’est pas basée sur des faits réels. Une fausse information ne raconte pas la vérité ou la déforme volontairement dans le but de tromper le lecteur.

Théorie du complot : récit qui s’oppose volontairement à la version des faits acceptée par tout le monde, dans le but de faire croire à un complot.

Complotistes : personnes qui publient volontairement de fausses informations dans le but de faire croire à un complot.

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