Monde

Reporters de guerre, un métier à haut risque (#SPME18)

D’où vient l’info ? C’est la question posée pour cette édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’école (du 19 au 24 mars). Pour les journalistes qui travaillent dans des pays en guerre, aller chercher l’information est un vrai défi.

Article écrit le 01 mars 2018 à 00h07 par Dossier réalisé par Nina Di Battista. Temps de lecture :
Un photographe est blessé alors qu’il prend des photos lors d’un affrontement entre des manifestants palestiniens et des soldats israéliens. (AFP)

Souvent, on ne connaît pas leur nom. Mais leur travail est l’un des plus précieux qui soit. Ce sont les correspondants de guerre. Des journalistes qui, pendant plusieurs semaines, plusieurs mois ou plusieurs années, partent dans les pays en conflit pour raconter ce qu’il s’y passe.

Montrer la réalité

Dans tous les grands conflits de l’histoire, les reporters de guerre, ont été nos yeux et nos oreilles. En Syrie, en Libye, en Afghanistan, en Birmanie, au Nigeria, ils ont décrit ce qu’ils voyaient pour faire vivre l’Histoire aux citoyens. Ce travail est essentiel, mais très difficile. Car pour informer, ces journalistes mettent parfois leur vie en danger. Mais ils ne partent jamais sans s’être préparés. Ils s’assurent d’abord qu’un fixeur sera là à leur arrivée. C’est une personne qui va les guider pendant leur séjour et organiser leurs rendez-vous pour qu’ils puissent recueillir des informations. Le fixeur est aussi là pour traduire les discussions.

Gagner la confiance

Le journaliste correspondant de guerre peut travailler de plusieurs manières. Parfois, la rédaction l’envoie dans un endroit pour une courte durée. Le journaliste n’a alors que quelques semaines pour aller dans les zones de combat, et ne rien rater. « Pour y arriver, il faut gagner la confiance des gens sur le terrain, pour mieux les suivre, et vivre les mêmes choses qu’eux » , explique Gwendoline Debono, correspondante pour Europe 1. Parfois aussi, les journalistes s’installent dans un pays en conflit. Ils deviennent alors des témoins de la vie quotidienne. C’est le cas en Israël et en Palestine. Depuis le début du conflit, des journalistes du monde entier vivent sur ces territoires pour suivre les grandes évolutions et être les premiers au courant en cas d’événements. Comme tous les journalistes, et peut-être plus encore, les correspondants de guerre ont le devoir d’informer et de dire la vérité.

Comment devient-on reporter de guerre ?

Les reporters, correspondants de guerre, sont tous des journalistes. Mais leur façon de travailler n’est pas toujours la même. Certains travaillent pour un journal. D’autres sont indépendants. Un journaliste rattaché à une rédaction prend moins de risques lorsqu’il part sur un terrain en conflit. Car le média le protège en cas de blessures et lui paye son voyage. À l’inverse, un journaliste indépendant part par ses propres moyens. Il se paye lui-même son billet d’avion et doit trouver lui-même des contacts sur place.

On ne devient pas correspondant de guerre par hasard. Il faut être intéressé par l’actualité à l’étranger et ne pas avoir peur d’aller sur un territoire inconnu. Il y a 50 ans, les hommes étaient majoritaires sur les terrains en conflit. Aujourd’hui, ils le sont toujours, mais les femmes sont de plus en plus nombreuses à aller chercher l’information là où l’on risque sa vie.

En France, le prix Albert Londres récompense les meilleurs journalistes francophones [parlant français]. En 2017, il a été attribué à Samuel Forey. Journaliste indépendant, il a été récompensé pour ses reportages publiés dans Le Figaro lors de la bataille de Mossoul (Irak). Il a été blessé le 19 juin par l’explosion d’une mine, qui a tué sa consœur Véronique Robert et ses confrères Stéphan Villeneuve et Bakhtiyar Haddad.

Omar Ouahmane
Omar Ouahmane

Question à…

Omar Ouahmane, 45 ans, est journaliste pour Radio France. Il a travaillé en Syrie, en Russie. Il vit aujourd’hui à Beyrouth (Liban).

Comment choisissez-vous les villes où vous vous rendez ?

Dès qu’un conflit éclate au Moyen-Orient ou en Libye, je propose à ma rédaction (Radio France) d’aller sur place. Très souvent, elle accepte de m’y envoyer et me paye un billet d’avion. Il faut ensuite que je me procure un visa [autorisation pour entrer dans certains pays]. Je n’ai jamais eu trop de difficultés pour l’obtenir, sauf pour aller en Syrie, sur le territoire contrôlé par le régime. Je peux uniquement aller de l’autre côté de la frontière, là où vivent les rebelles. Je ne reste jamais très longtemps sur place, 2 ou 3 semaines maximum.Une fois sur place, j’enfile un gilet pare-balles et je vais sur la ligne de front, là où se déroulent les combats. Je garde mon micro près de moi, et je suis les combattants. Je capte les bruits et les actions.

Qu’est ce que vous ressentez quand vous êtes sur place ?

J’ai vu plusieurs types de réactions. Il y a les journalistes qui, une fois sur place, se mettent à pleurer et ne peuvent pas supporter ce qu’ils voient. Il y en a d’autres pour qui être sur un terrain en guerre est un vrai moteur. Ils aiment être au plus près de l’action. Moi, je suis plutôt dans la 3e catégorie. J’ai appris à prendre du recul face aux horreurs que je vois. Je suis père de trois enfants. Alors, quand je suis allé en Syrie et au Yémen, et que j’ai vu toutes les écoles bombardées, ça m’a touché. Les enfants là-bas grandissent dans la peur. Ils ne mangent pas à leur faim, ils savent ce qu’est la mort. Ils se réveillent chaque jour en ayant peur de voir leurs parents mourir. Les enfants sont confrontés à des situations que l’on n’imagine même pas. Pourtant, je n’ai jamais vu autant de sourires que sur le visage d’enfants yéménites.

Quel rapport avez-vous avec les populations locales ?

À chaque fois, je suis très bien accueilli. Les populations sont très contentes de voir les journalistes arriver, car elles savent qu’on leur accorde de l’importance. Dans chacun de mes reportages, je veux être au plus près d’eux et les faire parler. Ils sont au cœur de mon attention. C’est important de les entendre pour se mettre à leur place et ressentir ce qu’ils vivent.

Propos recueillis par Nina Di Battista

Un travail et des sentiments

Même s’ils sont préparés à partir, les reporters de guerre ne peuvent jamais savoir à l’avance à quoi ils seront confrontés.

Quand le correspondant de guerre se lève dans un pays détruit par les bombes, il partage les mêmes émotions que les civils. Il a peur, car il ne sait pas ce qui l’attend, ce qu’il va voir, ce qu’il va vivre. « Couvrir la guerre la peur au ventre et le ventre vide » , voilà comment Karam al-Masri, correspondant pour l’AFP, résume son quotidien à Alep, en Syrie, entre les bombardements et les tirs. Arrêté par les autorités, puis enfermé en prison, le journaliste a pris tous les risques pour exercer son métier.

Quand on est humain, difficile de mettre ses émotions de côté, surtout lorsque l’on assiste à des scènes très violentes. Pour un journaliste, c’est différent. Les reporters de guerre essayent de ne jamais montrer ce qu’ils ressentent, pour ne pas prendre parti et ne pas se déconcentrer dans leur travail. « Tout au long de mon voyage, je ne voulais pas que les gens sachent ce que je ressentais » , confirme Ali Arkady, photoreporter, parti en Irak en 2016 pour photographier les violences subies par ceux qui s’opposaient au gouvernement. Il s’est refusé à pleurer ou à crier. Il a tenu son appareil photo et pris les clichés qu’il a ensuite envoyés à son agence. Une façon de dénoncer, à sa manière, ce qu’il voyait sur place.

En juillet 2017, lors de l’évacuation de la ville de Mossoul, en Irak, un journaliste aide une petite fille. (AFP)
En juillet 2017, lors de l’évacuation de la ville de Mossoul, en Irak, un journaliste aide une petite fille. (AFP)

En coulisse

« Quand le soldat a pressé le bouton de mon appareil pour en effacer toutes les photos, mon cœur s’est presque arrêté. » Ces mots marquent le début d’un récit écrit par le journaliste Gohar Abbas. Il travaille au Pakistan, un pays où les journalistes n’ont pas toujours le droit de travailler librement.

Son histoire est disponible sur le site : https ://making-of.afp.com

Là, les journalistes travaillant pour l’Agence France Presse (AFP), racontent les coulisses de leurs reportages les plus marquants. Des récits passionnants pour comprendre les dessous de ce métier.

183 journalistes en prison

Selon les pays, les journalistes ne peuvent pas exercer leur métier de la même façon. Dans certains pays, notamment ceux en guerre, les gouvernements en place sont souvent hostiles [opposés] à la présence des journalistes. La Syrie, pays en guerre depuis 2011, est devenue le pays le plus meurtrier au monde pour les journalistes. Ils sont régulièrement soumis à des menaces d’arrestation, d’enlèvement ou d’assassinat. Même constat en Turquie. Depuis qu’il est au pouvoir, le président Recep Erdogan limite la publication des journaux et leurs tirages. Sur Internet, le gouvernement censure [interdit] les réseaux sociaux. De plus, la Turquie est aujourd’hui le pays qui emprisonne le plus de journalistes. Alors que l’année ne fait que commencer, 183 journalistes ont été emprisonnés dans le monde depuis janvier.

Au Venezuela (Amérique du Sud), ce photographe de presse est balayé par un puissant jet d’eau envoyé par la police pendant une manifestation.  (AFP)
Au Venezuela (Amérique du Sud), ce photographe de presse est balayé par un puissant jet d’eau envoyé par la police pendant une manifestation. (AFP)

Les enfants qui racontent la guerre

Actuellement se déroulent de terribles combats dans une zone à l’est de Damas, capitale de la Syrie. Le gouvernement du pays bombarde ce secteur appelé Ghouta, où vivent des personnes qu’il considère comme des rebelles, car ils veulent le départ du président, Bachar el-Assad. Plus de 400 000 personnes vivent toujours là, dont de nombreux enfants. Parmi eux, certains racontent leur quotidien au milieu des bombardements. Ils utilisent les réseaux sociaux comme Twitter. Ils ne sont pas journalistes. Pour les plus jeunes d’entre eux, le compte est tenu par des adultes. C’est pourquoi il faut rester prudent face à ces informations, et s’assurer que la personne qui tient le compte est vraiment sur place et veut juste raconter ce qui s’y passe, sans manipulation. À leur façon, ces jeunes sont des correspondants de guerre, dont le témoignage, parfois très dur, est précieux.

Caroline Gaertner

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